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Lire les gravures d’un verre progressif

Des marques permanentes, invisibles mais gravées

Tout verre progressif porte deux séries de repères. Les marques temporaires, imprimées à l’encre, montrent la croix de montage, le cercle de vision de loin et le cercle de vision de près ; elles servent au contrôle en atelier puis disparaissent au premier nettoyage. Les gravures permanentes, elles, sont creusées dans la matière au moment du surfaçage, avec une profondeur de quelques microns. Elles restent lisibles toute la vie du verre. C’est leur permanence qui en fait un outil de vérification : elles ne dépendent ni du magasin, ni du monteur, ni de ce qui est écrit sur la facture.

Comment les faire apparaître

Une gravure ne se voit qu’en lumière rasante ou par contraste. Trois méthodes fonctionnent sans matériel particulier. Tenir le verre incliné devant une source lumineuse ponctuelle et chercher le scintillement. Souffler dessus pour déposer une buée fine, les creux gardant la vapeur une seconde de plus. Ou poser le verre sur une feuille noire et éclairer de côté à quarante-cinq degrés. Les opticiens disposent d’un frontofocomètre et d’un éclairage dédié, mais un téléphone en mode lampe suffit pour retrouver les deux cercles sur une paire ancienne posée sur un fond sombre.

Marque Emplacement Ce qu’elle indique
Cercle nasal 17 mm du centre, côté nez Repère de référence pour l’axe horizontal
Cercle temporal 17 mm du centre, côté tempe Second point de la ligne de référence
Chiffre sous un cercle Sous le cercle temporal en général Addition en dixièmes de dioptrie
Sigle du verrier Sous le cercle nasal Fabricant et parfois famille de design
Lettre ou chiffre annexe Variable selon le verrier Indice de réfraction ou génération du design

Les deux cercles à 34 millimètres l’un de l’autre

Les deux cercles sont placés symétriquement de part et d’autre du centre géométrique du couloir de progression, à 17 mm chacun, soit 34 mm entre eux. Cette distance est normalisée chez la quasi-totalité des verriers, ce qui permet trois contrôles. Le milieu du segment joignant les deux cercles donne le centre de référence du verre. La droite qui les relie donne l’horizontale théorique du montage. Et la distance entre les deux cercles de la paire, mesurée sur la monture portée, permet de recalculer indirectement le centrage. Un verre monté de travers se repère immédiatement : les deux cercles ne sont plus alignés avec la ligne des yeux.

  • Une inclinaison visible de la ligne des cercles signale une erreur d’axe au montage ou une monture déformée à l’usage.
  • Un décalage vertical entre l’œil droit et l’œil gauche trahit deux hauteurs de montage différentes, source de fatigue.
  • La croix de montage se situe environ 4 mm au-dessus du milieu des deux cercles, selon la convention du verrier.
  • Un verre remonté dans une nouvelle monture doit conserver la même position relative des cercles par rapport à la pupille.

Le chiffre de l’addition

Sous l’un des deux cercles figure un nombre à deux chiffres, souvent gravé plus petit. Il exprime l’addition en dixièmes de dioptrie : 20 signifie 2,00 δ, 25 signifie 2,50 δ, 175 ou 17 5 selon les conventions signifie 1,75 δ. C’est le contrôle le plus utile pour un porteur, parce qu’il permet de confronter le verre livré à l’ordonnance sans aucun appareil. Une addition livrée à 2,50 δ alors que l’ordonnance indique 2,00 δ explique instantanément un inconfort de vision intermédiaire. Le déchiffrage des puissances écrites est détaillé sur le décodeur d’ordonnance.

Le sigle du verrier et ce qu’il révèle

Sous l’autre cercle, un logo ou un groupe de lettres identifie le fabricant, et souvent la famille de design à l’intérieur de son catalogue. Cette information sert dans deux cas concrets. Lors d’un remplacement de verre cassé, elle permet de commander un verre identique, ce qui évite au porteur de réapprendre un nouveau couloir sur un seul œil. Et lors d’un litige sur une gamme facturée, elle permet de confronter le verre réel au produit inscrit sur la facture. Les codes varient d’un verrier à l’autre, et un professionnel les identifie de mémoire ; le détail des familles de verres figure sur la page des verres de lunettes.

Trois vérifications que le porteur peut mener seul

La première consiste à comparer l’addition gravée à celle de l’ordonnance, opération de trente secondes. La deuxième consiste à poser la paire sur une table et à regarder si les lignes de cercles des deux verres sont parallèles et à la même hauteur ; un décalage se voit à l’œil nu au-delà d’un millimètre. La troisième consiste à repérer, sur une paire portée, où tombe le milieu des cercles par rapport à la pupille : trop haut, la vision de près manque ; trop bas, la vision de loin se rétrécit. Ces constats se transmettent tels quels à l’opticien, qui dispose des moyens de mesure pour trancher.

Retrouver un verre ancien

Une paire oubliée dans un tiroir depuis dix ans conserve toutes ses gravures. Elles permettent d’établir l’addition d’alors, donc de situer la progression de la presbytie, et de savoir chez quel verrier le porteur avait été adapté. Cette information vaut au moment d’un changement de design : revenir chez le fabricant d’un équipement bien toléré réduit le risque de rejet. Elle aide aussi à choisir un indice cohérent lors d’un remplacement, l’épaisseur finale dépendant à la fois de la puissance et de la forme de la monture, ce que permet d’anticiper la calculette d’épaisseur.

Romain Verge

Signé

Romain Verge

Treize ans derrière un comptoir d'enseigne, puis indépendant. Romain a vendu, ajusté, réparé et repris assez de paires pour savoir ce qui se dit devant un client et ce qui se dit en arrière-boutique. Il tient l'annuaire du Collège, compare les enseignes sans en ménager aucune, et explique une monture par ce qu'elle peut porter comme correction plutôt que par la tête qu'elle a.

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