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Montures

Choisir sa monture : matières, cote boxing et forte correction

Une monture n'est pas un objet de goût seulement : c'est une pièce cotée, qui décide de l'épaisseur du verre et du décentrement.

La cote boxing Les verres

Les matières de monture : acétate, injecté, titane, métal, bois

Une monture se juge d’abord à la matière, parce que la matière détermine le poids, la tenue dans le temps et surtout la capacité à être reprise en ajustage. L’acétate de cellulose est une plaque découpée puis fraisée dans la masse : elle se chauffe, se détord, se reprend indéfiniment tant que le fil métallique inséré dans les branches n’est pas rompu. L’injecté, souvent vendu au même prix, est un plastique coulé dans un moule ; il pèse moins, coûte trois fois moins cher à produire, mais ne se déforme quasiment pas à chaud. Un injecté trop large ne se rattrape pas.

Côté métal, le titane pur reste la référence pour un porteur sensible ou allergique : environ 45 % plus léger que le maillechort, totalement inerte au contact de la peau, insensible à la transpiration. Le béta-titane, un alliage, ajoute une élasticité qui absorbe les torsions sans marquer. Les montures en maillechort ou en acier inoxydable coûtent moins cher et se soudent facilement en réparation, mais un placage qui s’use libère du nickel, première cause d’eczéma de contact derrière l’oreille. Le bois, enfin, est un choix esthétique : léger, chaleureux, mais impossible à ajuster ailleurs qu’au niveau des plaquettes s’il en a.

Matière Poids (monture nue) Solidité Ajustabilité Risque allergique Prix courant
Acétate 25 à 40 g Bonne, casse nette possible au pont Excellente à chaud Très faible 90 à 250 €
Injecté 18 à 28 g Moyenne, fatigue aux charnières Faible Faible 30 à 90 €
Titane 8 à 14 g Très bonne, ne se corrode pas Bonne, mais soudure difficile Nul 180 à 400 €
Béta-titane 9 à 15 g Excellente, revient en forme Bonne, tient l’ajustage Très faible 200 à 450 €
Maillechort / acier 14 à 24 g Bonne si placage épais Excellente, se soude Réel si nickel 60 à 180 €
Bois / bambou 16 à 26 g Sensible à l’humidité Très faible Nul 150 à 350 €
Quatre montures alignées : acétate écaille, titane doré, métal noirci

La cote boxing : lire les chiffres gravés sur la branche

Retournez la branche gauche, à l’intérieur : vous y trouverez une suite du type 52□18 140. Ce sont les cotes du système boxing, la norme de mesure utilisée par toute la profession. Le premier nombre est la cote A, largeur du rectangle circonscrit au cercle, ici 52 mm. Le second, après le carré, est le DBL — distance between lenses — c’est-à-dire le pont, l’espace entre les deux cercles, 18 mm. Le troisième est la longueur de branche totale, 140 mm, mesurée du tenon au bout du manchon. Certaines montures ajoutent la cote B, hauteur du cercle, absente de la gravure mais déterminante pour un verre progressif.

Ces chiffres ne sont pas décoratifs. Ils permettent de comparer deux montures sans les essayer, de racheter le même calibre à distance, et surtout de calculer l’écart des boîtes, qui vaut A + DBL. Sur notre exemple : 52 + 18 = 70 mm. La cote B conditionne le montage d’un progressif : sous 28 mm de hauteur de cercle, la plupart des verres progressifs perdent leur vision de près utilisable, et sous 25 mm, seuls des progressifs dits courts acceptent le montage. Un opticien qui mesure la hauteur de pupille avant de valider le choix de la monture fait exactement ce qu’il faut.

Écart des boîtes et écart pupillaire : le calcul du décentrement

Votre écart pupillaire, noté EP, est la distance entre le centre de vos deux pupilles, typiquement 62 à 68 mm chez l’adulte. L’écart des boîtes de la monture, lui, dépend du modèle. La différence entre les deux, divisée par deux, donne le décentrement à appliquer sur chaque verre. Avec un EP de 64 mm et un écart des boîtes de 70 mm, il faut décentrer chaque verre de 3 mm vers l’intérieur. C’est banal et parfaitement gérable. Au-delà de 5 mm par œil, le verre à commander doit être plus grand en diamètre, donc plus épais au bord, et le surcoût devient sensible.

Le décentrement a une conséquence optique directe. Si le centre optique du verre ne tombe pas devant la pupille, vous regardez à travers une zone qui se comporte comme un prisme. La règle de calcul est simple : le prisme induit, exprimé en dioptries prismatiques, vaut le décentrement en centimètres multiplié par la puissance du verre. Un verre de -6,00 δ décentré de 4 mm produit 2,4 dioptries prismatiques parasites. À cette valeur, un porteur sensible ressent une fatigue, une impression de sol incliné, parfois une diplopie transitoire les premiers jours.

Deux montures comparées : une simple en plastique, une fine en titane

Forte correction : pourquoi tous les cercles ne conviennent pas

En myopie forte, le verre s’épaissit au bord ; en hypermétropie forte, il s’épaissit au centre. Dans les deux cas, l’épaisseur croît avec le diamètre du verre découpé, donc avec la taille du cercle. Passer d’un calibre A de 54 mm à un calibre de 46 mm sur un -8,00 δ fait gagner environ 2,5 mm d’épaisseur au bord, ce qui change l’aspect de la lunette autant que l’indice du verre. C’est pour cette raison qu’un opticien oriente spontanément un fort myope vers une monture ronde ou carrée de petit calibre, avec un pont adapté pour ne pas augmenter le décentrement.

Le percé — verre sans cercle, tenu par deux vis traversantes — pose un problème mécanique. Le trou fragilise le verre à l’endroit où il est le plus mince en myopie, le plus contraint en hypermétropie. Au-delà de -6,00 δ ou de +4,00 δ environ, la plupart des verriers refusent la garantie sur un montage percé, et le taux de fêlure au perçage grimpe. Le nylor, monture à demi-cercle avec fil de nylon, offre un compromis : moins de contrainte ponctuelle, aspect allégé, mais rainure obligatoire sur le bord du verre, donc épaisseur minimale à respecter.

  • Au-delà de ±6,00 δ, privilégier un calibre A inférieur à 50 mm et un pont qui rapproche l’écart des boîtes de votre écart pupillaire.
  • Une monture large avec un petit écart pupillaire cumule décentrement, épaisseur au bord et prisme induit : c’est le pire des trois cas.
  • Les montures percées sont à écarter dès qu’un verre dépasse 6 dioptries, quelle que soit l’insistance commerciale sur leur légèreté.
  • Une base de monture très cambrée, courante sur les modèles sport, est incompatible avec une forte correction sans compensation optique spécifique.

L’ajustage : pourquoi une monture doit être reprise après quelques semaines

L’ajustage consiste à déformer la monture pour qu’elle repose correctement : galbe des branches derrière l’oreille, écartement des tenons, inclinaison du plan des verres — l’angle pantoscopique, généralement compris entre 8 et 12 degrés — et distance verre-œil, autour de 12 à 14 mm. Ces trois paramètres ont été mesurés au moment de la commande et ont servi à calculer le verre. Si la monture bouge, le verre ne correspond plus au calcul. Sur un unifocal faible, personne ne s’en aperçoit. Sur un progressif, deux degrés d’inclinaison suffisent à décaler le couloir de progression et à faire disparaître le confort de près.

Une monture neuve se détend toujours. L’acétate se relâche à la chaleur du corps, les charnières prennent du jeu, les plaquettes s’écartent sous le poids des verres. Trois à cinq semaines après la livraison, une reprise gratuite en magasin remet l’ensemble en place ; c’est le rendez-vous que peu de porteurs prennent et qui règle la moitié des plaintes attribuées aux verres. Ensuite, un contrôle tous les six mois suffit. Un magasin qui refuse ou facture cette reprise vous dit quelque chose sur sa façon de travailler.

Un gabarit de taille et une meule diamantée de meuleuse d'optique

planche 06 · Choisir sa monture : matières, cote boxing et forte correction

Les erreurs de choix les plus fréquentes

La première est de choisir la monture avant de parler des verres. L’ordre logique est inverse : la puissance, l’addition et l’écart pupillaire restreignent le champ des calibres possibles, et il vaut mieux le savoir avant de tomber amoureux d’un modèle. La deuxième est de reprendre exactement la même monture qu’il y a six ans en oubliant que la correction a évolué ; un calibre qui convenait à -3,00 devient encombrant à -5,50. La troisième concerne les branches : une longueur de 145 mm sur un visage qui demande 135 fait glisser la monture vers l’avant, augmente la distance verre-œil et affaiblit la correction perçue en myopie.

Vient ensuite la question du poids mal posée. Une monture légère mal répartie fatigue davantage qu’une monture plus lourde bien assise sur le nez : ce qui compte est la pression au point d’appui, pas le chiffre en grammes. Enfin, l’esthétique du cercle très fin en métal séduit, mais elle impose un verre rainuré ou percé, donc une épaisseur minimale au bord, ce qui interdit les indices les plus fins sur les faibles corrections et complique le montage sur les fortes. Un cercle plein d’acétate de 4 mm masque une tranche de verre bien mieux qu’un fil de métal.

La formule, côté comptoirCotation boxing, décentrement et diamètre à commander

Marques et styles, dans le fonds

Le coffret de verres d'essai ouvert, disques sertis dans le velours

planche 07 · Choisir sa monture : matières, cote boxing et forte correction